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mardi, 29 mars 2011

Les Ivoiriens répondent à Barack Obama

Comme nous l'indiquions dans notre parution du samedi, après deux jours de travaux consacrés à la 39ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), tenue les 23 et 24 mars 2011 à Abuja, cette organisation sous-régionale a produit un long communiqué en 37 points. Il a fallu pour cela 2.577 mots, soit 16.462 caractères (espaces compris). Un communiqué dont la longueur n'est certainement pas proportionnelle à la pertinence des résolutions. Outre la litanie des félicitations d'autosatisfaction distribuées aux membres influents du club des chefs d'Etat de la Cedeao pour leur docile allégeance à la tutelle, on en retiendra que l'Afrique de l'Ouest a étalé, à travers ce communiqué, son immaturité, sa politique de la facilité par le suivisme et le silence en vue de s'adonner à ce qu'elle sait faire le mieux : la mendicité.

In LeNouveau Courrier N°237 du 28 Mars 2011 Sekou Assegoue GodPeace



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Les questions abordées pour ne pas dire évoquées par le communiqué vont des performances économiques de l'Afrique de l'Ouest (points 6 à 9) aux questions institutionnelles (points 29 à 36), en passant par l'Accord de Partenariat Economique (APE) (points 10 et 11), la paix et la sécurité régionale (points 12 à 26), la consolidation de la démocratie (point 27) et la situation en Libye (point 28).

Comme il fallait s'y attendre, la Côte d'Ivoire, devenue un guichet de récompenses de la tutelle occidentale à ses bons élèves, a figuré au menu de ce sommet. Ainsi, "Fortement préoccupés par les cycles de violence et la détérioration rapide de la situation sécuritaire et humanitaire en Côte d’Ivoire, et considérant que cette situation constitue une menace majeure à la paix et à la sécurité régionale, les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont décidé d’adopter des mesures urgentes visant à assurer la protection des vies humaines et le transfert immédiat du pouvoir du Président sortant, M. Laurent Gbagbo, et au Président élu, S. E. M. Alassane Ouattara, et à pacifier l’environnement sécuritaire. A cet effet, le Sommet a adopté une résolution spéciale A/RES.1/03/11". La Cedeao demande à l'ONU de prendre des mesures plus contraignantes contre la Côte d'Ivoire.

Au lendemain de la réunion de la Cedeao, le président américain s'est, le vendredi 25 mars dernier, directement adressé au peuple ivoirien. Cette adresse se situait à la veille d'une grande manifestation populaire en faveur du président Laurent Gbagbo. En guise de réponse à ce message de Barack Obama au peuple ivoirien, la place de la République, lieu mythique de la résistance ivoirienne a refusé du monde, rappelant la Tunisie et l'Egypte. Cette Tunisie et cette Egypte que veut copier, sans succès le camp du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), dont la révolution orange s'est transformée en de multiples "commandos invisibles" qui tuent et égorgent à l'aveuglette.

Si comme l'a dit le président Barack Obama, le "monde a les yeux braqués sur la Côte d'Ivoire", le monde aura-t-il le courage de tirer les leçons de ce qu'il a vu du samedi au dimanche, en face du palais de la présidence de la république, au quartier du Plateau, centre administratif et des affaires? Au volet habituellement politique de ses rassemblements, la galaxie patriotique ivoirienne, conduite par sa jeunesse, a ajouté un volet spirituel en intercédant en faveur de la paix en Côte d'Ivoire et en invoquant la protection divine sur Laurent Gbagbo. Un rassemblement qui aura duré au bas mot 20 heures, soit de 12h à 8h du matin. Pendant toute cette période, la densité populaire n'a guère baissé. Inédit dans le pays.

Selon Obama, le fait pour le peuple ivoirien de maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir ne pourra que conduire la Côte d’Ivoire à " plus de violence, à plus de civils innocents blessés et tués et à un plus grand isolement diplomatique et économique". A l’inverse, si Laurent Gbagbo décide de quitter le pouvoir, les Ivoiriens reprendront leur destin et leur pays en main afin de bâtir une économie florissante. En direction des Ivoiriens, le président Barack Obama, dira : "Vous méritez des chefs comme le président Ouattara, capables de rétablir votre pays à la place qui lui est due dans le monde". Il justifie sa position par le fait que "l'élection, l'an dernier, a été libre et honnête, et le président Alassane Ouattara est le chef démocratiquement élu de la nation".

C'est malheureusement à ce niveau que commence la souffrance morale des Ivoiriens qui ont véritablement "mal au cœur", quand on tente de leur faire croire que la dernière élection présidentielle a été libre et honnête. En effet, cette élection a été seulement "ouverte", en autorisant des candidatures ne répondant pas aux critères constitutionnels. Mais en zones CNO, elle n'a été ni juste, ni transparente encore moins libre. Les armes aux mains des rebelles ont empêché l'organisation d'un scrutin libre et équitable. La Commission Electorale Indépendante (CEI), contrôlée à plus de 80% par le RHDP et ses alliés rebelles, a aussi contribué à vicier la véracité des résultats. C'est ce qui explique l'intervention du Conseil Constitutionnel de Côte d'Ivoire pour empêcher le triomphe de la force des armes sur celle du droit. M. Choi, de l'Onuci, a beau dire le contraire, les Ivoiriens qui ont vécu les faits ne peuvent le suivre. Le président Obama a l'excuse d'avoir été trompé par Choi et peut donc s'abriter derrière le bénéfice de la bonne foi pour soutenir le discours qui est le sien. Encore qu'il pouvait, s'il le voulait, se donner les moyens d'une expertise contradictoire. Mais il trouve "injuste le recomptage des voix".

En félicitant Alassane Ouattara de "son offre d'un avenir pacifique à tous les Ivoiriens: un gouvernement participatif, la réunification et la réconciliation", Obama dit aux Ivoiriens ce qu'ils savent déjà, à savoir que Ouattara est le parrain de la rébellion, qu'il est le seul capable de désarmer. C'est donc conscient de cette réalité que Laurent Gbagbo l'invite à la table de la négociation.

Au vu du succès de la manifestation de samedi en faveur de Laurent Gbagbo, il faut croire qu’en matière de choix, les Ivoiriens, sinon la grande partie des Ivoiriens a définitivement fait le sien. Partageant avec Obama la conviction qu'ils "méritent un avenir fait d'espoir, pas de peur", les Ivoiriens sont sortis massivement, pour braver la peur et redire que l'espoir ne saurait se trouver dans l'imposition d'un président porté au bout des baïonnettes de rebelles armés par la communauté internationale. Alassane Ouattara fait justement peur aux Ivoiriens par les méthodes de son système et par celles de ses alliés. A commencer par l'usage abusif du mensonge, la manipulation et la désinformation. Quatre mois après le 28 novembre 2010, les Ivoiriens redoutent en l'équipe d'Alassane Ouattara les prémices d'une dictature. Les "griffes sorties" avant même d'exercer le pouvoir et les souvenirs de la parenthèse 1990-1993 à la Primature, font simplement peur à bon nombre d'Ivoiriens, ceux-ci ayant été plus terrifiés que rassurés en 4 mois.

Le silence sur les atrocités commises à l'Ouest par les rebelles, alliés d'Alassane Dramane Ouattara, fait peur aux Ivoiriens qui redoutent le pire avec une éventuelle arrivée d'Alassane Ouattara au pouvoir. Le système du mensonge et de la dénégation de toute valeur à la vie humaine, bâtis par les partisans d'Alassane Ouattara, fait très peur et fait craindre le pire. Peuple de paix, les Ivoiriens découvrent l'horreur de civils innocents égorgés ou brûlés. Ce qui, à Guitrozon, en 2005, était perçu comme un grave accident de parcours veut être imposé à notre quotidien. Chaque fois que les médias et de prétendues organisations des droits de l'homme imputent ces assassinats à Laurent Gbagbo, la révolte populaire le dispute à l'indignation. Témoins des faits, les Ivoiriens ne peuvent accepter pareille manipulation.

La crainte du président Condé de la Guinée de voir "Alassane paraître comme le président des Occidentaux" a dépassé le stade de la simple crainte pour devenir une réalité en Côte d'Ivoire.

Convaincus, comme Obama, de "mériter la chance de déterminer (leur) destin", les Ivoiriens ne veulent justement pas se voir imposer un chef par la communauté internationale. Par leur résistance, les Ivoiriens veulent "le triomphe de la démocratie en Côte d'Ivoire", contrairement à ceux qui croient que l'exercice de la démocratie se trouvera dans le choix de celui qui incarne les intérêts occidentaux. Si c'est la condition pour "trouver un ami et un partenaire dans les Etats-Unis d'Amérique", il est temps pour les dirigeants américains de sortir de la tromperie de Choi, afin de manifester leur amitié au peuple ivoirien qui leur tend les bras, sans préjugés ni rancune, ni rancœur.

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