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jeudi, 10 mars 2011

Commercialisation du café cacao : Gbagbo rend la monnaie de sa pièce à l’Union européenne

Le président de la République a pris lundi dernier un décret qui fait de l’Etat l’acheteur et le vendeur exclusif du café et du cacao ivoiriens. Désormais, c’est l’Union européenne qui a du souci à se faire.

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In Le Nouveau Courrier N°223 du 09 Mars 2011 par Joseph TITI, une correspondance particulière


En boxe, on appelle cela un jab, c’est-à-dire le coup que même les boxeurs expérimentés ne voient pas toujours venir. Lundi dernier, le président ivoirien a pris un décret qui fait de l’achat du café et du cacao sur toute l’étendue du territoire national un monopole de l’Etat. L’Etat devient aussi exportateur principal desdits produits, même si le décret ouvre la possibilité à des délégations.

Après la nationalisation de la Bicici et de la Sgbci, Laurent Gbagbo démontre que les sanctions de l’Union européenne ne l’impressionnent guère, encore moins l’embargo sur le café et le cacao dont les effets avaient commencé à saper le moral des planteurs ivoiriens. Les dernières décisions du président ouvrent même une période d’incertitude pour les chocolatiers européens dont la matière première risque d’être transférée chez l’ogre chinois ou russe, alliés politiques de Laurent Gbagbo dans la guerre ouverte que lui livrent les occidentaux.

Mais cette mesure vise avant tout à rassurer les planteurs ivoiriens. L’impossibilité pour les exportateurs nationaux d’écouler leurs produits vers les marchés européens contraignaient les paysans à ne plus vendre ou, dans le meilleur des cas, à brader leurs productions. Désormais, l’Etat va payer au prix garanti, ce qui mettra les planteurs à l’abri des acheteurs véreux qui pullulent sur le marché national et dont une short list avait été dressée par les responsables de la filière café cacao et appuyée par une campagne publicitaire sans précédent.

Alors que les sanctions de l’Union européenne étaient taillées pour synchroniser une révolte populaire contre Gbagbo, la réforme donne finalement le coup de grâce à la stratégie européenne. L’Etat passe même à la vitesse supérieure en redevenant le principal acteur de la commercialisation du café et du cacao, privilège dont il avait été délesté par la privatisation de la Caistab, devenue pour diverses raisons une structure à faire disparaître. Et même s’il ne peut totalement fermer les circuits de vol qui passent par les pays frontaliers pour disparaître dans les moulinettes européennes, l’Etat peut désormais agir directement sur les marchés internationaux en spéculant.

Le gouvernement ne cache d’ailleurs pas son intention d’en découdre avec ses ex partenaires européens. Le ministre de l’Agriculture, Issa Malick Coulibaly, a affirmé lundi, lors d’un conseil de son cabinet élargi aux structures sous tutelle, que la recherche de nouveaux marchés est une priorité de l’Etat qui a envoyé plusieurs missions de prospection dans les pays hors de l’Union européenne. « Ces missions sont de retour avec de bonnes nouvelles », s’est réjoui le ministre sans plus de précision, mais on peut rapprocher ses déclarations avec l’ordonnance du président qui fixe les objectifs de l’Etat en matière de commercialisation du café et du cacao.

En tout cas, la guerre du café-cacao est lancée. Les multinationales qui avaient espéré mettre la pression sur le gouvernement pour le faire capituler sont désormais au pied du mur. Dans une situation comparable à celle des banques dont le chantage s’est transformé en un désespérant fiasco politico-économique.

http://lenouveaucourrier.ivoire-blog.com/archive/2011/03/...

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