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dimanche, 30 janvier 2011

LA GUERRE DE LA FRANCE CONTRE LA CÔTE D'IVOIRE(3)

IV - Qu'est-ce que l'armée française fait en Côte d'Ivoire ?

Le fait que j'écrive ce texte en français explique en partie la présence française en Côte d'Ivoire. Je suis français comme tous les Ivoiriens nés avant 1960 en territoire français de la Côte des esclavages, appelé depuis lors Côte d'Ivoire. L'autre explication provient de la volonté du Président Houphouët de consacrer la totalité des recettes publiques au développement et confier la défense du pays à la France. Son calcul était simple. Si la Côte d'Ivoire est attaquée de l'extérieur, le RIOM devenu BIMA la défendra. De plus, n'ayant pas d'armes, aucun groupe militaire interne ne pourrait être tenté de faire un coup d'Etat. Quelle clairvoyance et quelle intelligence ! C'est vrai, jusqu'à ce qu'on imagine que le pays défenseur pourrait être l'agresseur. Ce serait la tragédie du loup gardien de la bergerie. Dès le lendemain de la tentative du putsch, l'armée française est intervenue. Cinq mois plus tard, l'Etat ivoirien n'est pas encore libéré. Pourquoi ?

Source :  http://www.africa-humanvoice.org/afrique/guerrefrci.html


Que dit l'Accord de défense liant la France et la Côte d'Ivoire ? Retenons les articles pertinents de l'Accord d'assistance militaire France-Côte d'Ivoire, signé à Paris le 24 avril 1961, par le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny et Michel Debré, Premier ministre du Général de Gaulle (Source : lacotedivoire.net) :

Article 3 : "La République de Côte d'Ivoire, en vue d'assurer la standardisation des armements, s'adressera en priorité à la République française pour l'entretien et le renouvellement des matériels et équipements de ses forces armées. En tout état de cause, la fourniture de l'armement léger, des matériels de transmission et des véhicules de combat des unités de l'armée de terre sera assurée par la République française. Si une fourniture ne peut être effectuée à titre gratuit, les conditions financières de la cession seront fixées d'une commun accord. Pour les fournitures qui ne pourraient, après étude en conseil régional de défense, être faites par la République françaises, la République de Côte d'Ivoire se réserve le droit d'accepter l'aide d'autres pays".

Article 4 : "Les dépenses d'entretien et de fonctionnement de ses forces armées sont à la charge de la République de Côte d'Ivoire. Les forces armées ivoiriennes peuvent faire appel pour leur soutien logistique au concours des forces armées françaises".

Article 9 : "La République française met à la disposition de la République de Côte d'Ivoire, en fonction des besoins exprimés par celle-ci, les officiers, sous-officiers et hommes de troupe français dont le concours lui est nécessaire pour l'organisation, l'instruction et l'encadrement des forces armées ivoiriennes. Ces personnels sont mis à la disposition des forces armées ivoiriennes pour remplir des emplois correspondants à leur qualification. Ils sont soldés de tous leurs droits par l'autorité française et sont logés, ainsi que leur famille, par l'autorité ivoirienne. La liste des postes à pourvoir est arrêtée d'un commun accord par les ministres français et ivoiriens compétents. Elle est révisée en principe tous les ans".

Article 12 : "Les personnels militaires français en service dans les forces armées ivoiriennes sont à la disposition du commandement ivoirien selon les règles traditionnelles d'emploi de leur arme ou service. Toutes les décisions du commandement les concernant sont portées à la connaissance de l'autorité militaire française. De même, toutes les décisions du commandement français les concernant sont portées à la connaissance de l'autorité militaire ivoirienne".

Certains articles des 2 annexes de l'Accord de défense sont aussi pertinents. Dans l'annexe I :

Article 4 : "Les autorités ivoiriennes ne pourront procéder à l'arrestation d'un membre des forces armées françaises qu'en cas de flagrant délit. Elles en aviseront immédiatement les autorités militaires françaises et remettront l'intéressé à celles-ci dans le délai le plus court requis pour cette remise…"

Article 6 : "En cas d'infraction commise en Côte d'Ivoire à l'encontre des forces armées ou des installations, biens et matériels militaires français ou ivoiriens, les autorités françaises et ivoiriennes s'engagent à prendre contre les personnes soumises à leur juridiction respective les mesures équivalentes à celles qui seraient prises si ces infractions avaient été commises à l'encontre de leurs propres armées ou de leurs propres installations, biens et matériels militaires".

Dans l'annexe II, concernant l'aide et les facilités mutuelles en matière de Défense, il est écrit :

Article 2 : "En vue de leur permettre de remplir efficacement leur mission conformément aux articles 3 et 4 de l'accord de défense, la République de Côte d'Ivoire laissera aux forces armées françaises la libre disposition de casernements, bâtiments et terrains situés dans les localités qui seront désignées en conseil régional de défense. L'emprise de ces installations et casernements, ainsi que les conditions de leur utilisation, seront déterminées d'un commun accord en conseil régional de défense".

Article 3 : "Par "libre disposition" les parties contractantes entendent l'ensemble des droits et facilités d'implantation, de protection, de ravitaillement, d'instruction, de liaison et de transmission, de mouvement et de circulation dans les espaces terrestres et aériens et dans les eaux territoriales, entre les installations nécessaires à l'existence et à la sûreté des forces, ainsi qu'à l'exécution de leurs missions, tels qu'établis par l'article 4 de l'accord de défense".

En termes clairs, l'Accord de défense France-Côte d'Ivoire se résume ainsi :

 

  1. Les Forces armées françaises et ivoiriennes sont distinctes de juridiction mais uniques sur le plan opérationnel.
  2. La Côte d'Ivoire doit obtenir de la France le matériel et le personnel militaire dont elle a besoin, sur demande et sous son commandement et vice versa.
  3. Les deux forces armées collaborent pour repousser les attaques contre l'une des deux forces armées.
  4. Les attaques peuvent être aussi bien d'origine intérieure qu'extérieure. Chaque force armée considère comme attaque contre l'autre force armée, ce qu'elle combattrait si elle-même en était la victime.
  5. Chaque pays est libre de faire appel à l'aide d'autres forces armées après consultation de l'autre pays.

 

En vertu de l'accord de défense France-Côte d'Ivoire, qu'est-ce qui aurait dû être fait dès le 19 septembre 2002 ?

Il n'est pas question ici de faire la leçon à qui que ce soit, mais de faire le simple exercice de la prévision post ante de ce qui serait arrivé si l'Accord de défense avait été activé. Pour ce faire, procédons dans la logique débutant par un exemple hypothétique mais analogue à la réalité ivoirienne :

Aux élections présidentielles françaises de 2002, Jacques Chirac a fini en tête au premier tour avec 19,88% des votes exprimés, ce qui représentait 13,75% des inscrits. Au deuxième tour, se trouva Jean-Marie Le Pen du Front National (FN), devançant le favori Lionel Jospin, avec 16,86% des voix exprimées. Toute la France, sauf les partisans du FN bien sûr, s'est élevée comme un seul homme pour huer et vilipender Le Pen. Il est comparé à Hitler et traité de "raciste, antisémite, négationniste, misogyne, homophobe, tortionnaire et même anthropophage" (Cf. Caroline Cordier, Presidentielles.net du 24/04/2002). Les médias écrites, parlées et électroniques formèrent un cartel informel pour la circonstance et décidèrent de ne pas couvrir la campagne du 2ème homme politique le plus populaire de France. Le débat traditionnel des deux candidats restés en lice fut annulé. Résultat final du second tour : Chirac l'emporta haut la main avec 82,21% des exprimés et Le Pen obtint la balance : 17,79%. Les partisans du Front National avaient-ils raison de crier au scandale pour intimidation, liberté d'expression bafouée, injustice, démocratie tronquée et illégitimité de l'élection de Chirac ? Dans tous les cas, ils n'auraient pas totalement tort. Supposons maintenant que quelques-uns d'entre eux attaquent l'Etat français après avoir formé un commando lourdement armé et après s'être préparés en Catalogne, encadrés par l'armée espagnole, dans le but de renverser Chirac.

Comment réagirait l'armée française ? La réponse nous renvoie à l'article 6 de l'annexe I de l'Accord de défense franco-ivoirienne. Comme l'armée française se serait mobilisée contre les rebelles, elle doit comprendre que notre Accord de défense s'applique dans la présente crise ivoirienne.

Etant donné la puissance de frappe de l'armée française, dès le 20 septembre, la Côte d'Ivoire serait libérée et la France béatifiée. En signe de gratitude, les entreprises françaises seraient classées dans une catégorie de partenaires privilégiés.

Mais voilà, ce beau scénario fait maintenant partie des occasions manquées. La question est à présent de savoir pourquoi les choses se sont passées autrement et à quoi l'Ivoirien doit s'attendre, car le citoyen a droit à l'information.

Quelle est la position officielle de la France dans la crise ?

Commençons par faire la synthèse de quelques réactions politiques des autorités françaises en les structurant dans un schéma cohérent par rapport à leur comportement militaire sur le terrain.

Voici les révélations de l'orientation de la nouvelle politique française en Afrique. Paris, 11 juillet 2001, le quotidien Le Monde s'entretient avec M. Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères :

  • - Question : Comment définiriez-vous la nouvelle politique africaine de la France ?
  • - Réponse : "...Nous ne nous ingérons plus dans les crises internes. Depuis l'arrivée à Matignon de Lionel Jospin, nous avons résisté aux pressions pour intervenir sous des prétextes qui pouvaient paraître bons dans une appréciation à court terme…"
  • - Question : Puisque vous avez abandonné l'interventionnisme d'antan, des bases militaires à Abidjan ou à Libreville ont-elles encore un sens ?
  • - Réponse : "...Les cinq bases militaires (Côte d'Ivoire, Djibouti, Sénégal, Tchad et Gabon) restent un élément de stabilisation. Elles ont pu être utilisées, dans le passé, pour des interventions à l'ancienne. C'est fini. Aujourd'hui, nos implantations servent à la formation des armées des pays hôtes ou des forces régionales de paix et, en cas de nécessité, à l'évacuation des communautés étrangères. Il y a déjà longtemps que nous ne raisonnons plus seulement en termes de communauté française".
  • - Question : Pourquoi ne pas liquider, par exemple, la clause secrète de l'accord de défense avec la Côte d'Ivoire, qui prévoit une intervention française en cas de troubles intérieurs ?
  • - Réponse : "...C'st tout à fait envisageable. Et ce serait dans la logique de ce que nous avons entrepris ces dernières années pour lever les ambiguïtés. Mais, aujourd'hui, le problème n'est pas posé".

 

C'était en juillet 2001. Aujourd'hui, le problème est posé. Et la France a donné sa réponse sans ambiguïté. Les accords de défense sont de la vieillerie. La France y a renoncé unilatéralement et sans avertissement. Voilà, les Ivoiriens ont fait confiance et ils sont dupés. Le hic est que les autorités ivoiriennes ont déjà accepté sur le sol ivoirien des militaires français en vertu d'un accord dont ils n'ont pas encore pris note de caducité de fait.

L'Accord de défense est caduc de fait pour les raisons suivantes :

1- La situation commandait à ce qu'il soit appliqué, il ne l'a pas été.

2- Il est trop tard pour l'appliquer, la France étant entrée dans la logique de sa nouvelle politique à l'égard de l'Afrique :

 

  • - en déclarant à plusieurs reprises que la crise ivoirienne est intérieure (…) ;
  • - en indiquant clairement que la mission de son armée est la protection de ses ressortissants (et les étrangers), le maintien du cessez-le-feu, puis par mandat de l'ONU, le droit d'ouvrir le feu au besoin ;
  • - en ne voulant pas faire de l'ingérence, ce qui l'a amenée à donner une légitimité aux rebelles par les accords de Marcoussis-Kléber ;
  • - en donnant son assistance aux deux forces belliqueuses puisque le Quai d'Orsay a déjà déclaré dans une entrevue que "la crise ivoirienne est le fait de deux armées qui poursuivent le même but" ;
  • - en demandant, selon son analyse, à la plus faible des deux armées intérieures (les FANCI) de concéder la victoire, sans effusion de sang supplémentaire, aux plus forts (les rebelles), lesquels sont conséquemment les plus aptes à sécuriser le pays et donc les mieux placés pour occuper les postes ministériels de la Défense et de l'Intérieur.

 

Ce n'est donc pas étonnant que sous la pression, le Président Gbagbo ait déclaré de retour de Kléber : "J'ai perdu la guerre, il faut préparer la paix", étant même prêt à concéder ses attributions à un premier ministre nommé à Paris.

Alors à quoi s'attendre des Français et de leur armée ?

1- En fait, dans cette guerre taxée d'ivoiro-ivoirienne, il s'est agi pour la France de choisir entre les rebelles et Gbagbo. Par les accords de Marcoussis-Kléber, elle a fait connaître son penchant. Est-ce par objectivité après avoir constaté la supériorité militaire des rebelles ? La réponse par l'affirmative n'a pour crédibilité que celle du simple discours, car la France est comme toutes les autres puissances occidentales, elle est guidée par l'odeur de l'argent.

Pourquoi la France empêcherait-elle les rebelles de marcher sur Abidjan si elle était conviancue de leur supériorité militaire, d'autant plus qu'ils sont son choix ? Serait-ce par humanisme de voir des nègres mourir ?

Alors, pourquoi les Bérets rouges français se sont-ils retirés du Rwanda et laisser la guerre civile s'opérer ? C'est cruel de soupçonner que c'est peut-être parce que le Rwanda n'avait plus rien à offrir aux actionnaires des "Stock markets", selon les valeurs du développement occidental.

2– Les Français ne lâcheront pas la Côte d'Ivoire. Non pas parce qu'ils se souviennent du Rwanda, car le Rwanda, c'était hier, en 1994. Nous sommes en 2003. La France tient à la Côte d'Ivoire parce qu'elle ne cesse de parler de ce pays en ces termes :

- Vous avez la chance d'avoir un pays riche.
- Vos voisins vous envient parce que Dame nature vous a chéris.
- Vous représentez 40% du PIB de la sous-région.
- Daloa, la capitale du cacao.
- San Pedro, là où transitent les exportation de cacao.
- Etc…

Et puis, il y a les intérêts en Côte d'Ivoire des firmes transnationales qui font tourner l'économie française, dont Bouygues, Bolloré, Cargill, ADM, Delmas Vieljeux.

3– Les Français vont vouloir rester militairement en Côte d'Ivoire sous prétexte de protéger les étrangers, même si tous les Français quittaient la Côte d'Ivoire, car les étrangers sont plus que la communauté française. C'est ainsi que leur présence formera un kyste, le deuxième, après celui de Bouaké fomé par les rebelles.

4– D'une stratégie à l'autre, la France va chercher à atteindre son but : conserver sa place au coeurde l'économie ivoirienne. Comment ? Par l'utilisation de l'intimidation militaire, de l'épouvantail de la force dévastatrice des rebelles, de la pression du Conseil de sécurité dont elle assure la présidence et de la menace, sinon de chantage avec le Tribunal Pénal International.

V– Quelle solution s'offre à la côte d'Ivoire et aux FANCI ?

La sagesse recommande à garder la tête froide en toute circonstance et prendre une décision sur la base du rapport bénéfice-coût, atouts-faiblesses, forces-contraintes.

Que veut dire garder la tête froide pour le peuple ivoirien ? Savoir qu'aucun n'ira au TPI. Ce tribunal est une création du Conseil de sécurité pour éviter que la Planète fonctionne dans un état de droit.

En effet :

- L'organe officiel des Nations Unies pour la justice est la Cour Internationale de Justice (CIJ), laquelle siège à La Haye (art. 22 de son statut) par le fait que cette Cour s'inspire de la Convention de La Haye de 1907.

- Or, le contrôle total du CIJ échappe aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité par les articles 1 à 21 du statut de la Cour.

- Alors, le club des cinq a profité des brèches du chapitre VII de la Charte des Nations Unies pour se donner le pouvoir de créer des Cours de justice parallèles. Cours au pluriel car le Conseil de sécurité crée des tribunaux selon son jugement. C'est ainsi qu'il a créé le TPI pour l'ex-Yougoslavie en 1991, ayant décidé de régler le compte à Milosevic, et créé le TPI pour le Rwanda en 1994 pour se donner bonne conscience en condamnant les autres.

- Milosevic est incarcéré aujourd'hui parce que sous le chantage des bailleurs de Fonds, le peuple Serbe a troqué leur ancien chef pour des dollars.

- Ma connaissance des Ivoiriens me fait croire que celui qui voudra se risquer de descendre à Abidjan pour cueillir un Ivoirien pour un de ces tribunaux à sens unique, n'est pas encore né.

Faire confiance à nos forces armées. La libération d'Abidjan dans la nuit des longs couteaux du 18 au 19 septembre n'est pas le fait de la chance. Si la Côte d'Ivoire a encore une république démocratique aujourd'hui, c'et grâce au travail héroïque de nos soldats. Nous les avons tous vus se battre avec acharnement sur nos petits écrans. Notre gratitude à leur endroit n'est pas encore suffisamment exprimée.

Savoir canaliser nos énergies. Face à l'équipement sophistiqué des rebelles du MPCI et à leur capacité de soutenir les besoins de leurs soldats, il n'y a aucun doute que des organisations occultes sont leurs commanditaires. Les démasquer aurait été utile pour porter les accusations appropriées. Plus de cinq mois après la crise, nous n'avons toujours que des soupçons axés sur des témoignages, des rumeurs, des déclarations et des comportements ambigus. A son heure, nous le saurons. Mis l'heure est à la libération du pays. L'enjeu est politique, certes. Mais, il est avant tout humanitaire. Nous avons le devoir de rétablir la dignité dans le cœur des citoyens et de leur permettre d'avoir u pain et du beurre sur la table. La seule donnée à prendre pour acquis est que le MPCI, le MPIGO, le MPJ ne sont pas des interlocuteurs valables, n'étant que la pointe d'un iceberg méconnu. Comme les rebelles ivoiriens exécutent un mandat reçu, ils resteront sur leurs positions tant et aussi longtemps que leurs mandataires n'auront pas changé d'idée. C'est pourquoi, le peuple ivoirien doit principalement compter sur sa capacité physique d'agir et sa force spirituelle de pardonner.

Quelles sont les contraintes à considérer par le peuple ivoirien pour résoudre la crise ? D'abord, les obstacles exogènes :

- Le kyste de Bouaké. Les rebelles contrôlent la métropole du centre du pays. Le temps leur a permis d'y solidifier leur base militaire et les accords de Marcoussis-Kléber les ont légitimés. Toute solution qui ne serait pas assujettie à leur désarmement n'en serait pas une. Mais, comment trouver un compromis efficace avec des interlocuteurs manipulés par un ennemi occulte ?

- Le kyste d'Abidjan. L'armée française est sortie de sa caserne de Port-Bouët et s'est métastasée dans les coins stratégiques de la ville. Par l'Accord de défense de 1961, cette armée française est une force militaire ivoirienne. Par son refus d'activer cet accord, elle se détourne de ses responsabilités. Son comportement a l'effet d'une mutinerie. Sans la bonne volonté de la France, sa force militaire constituera un élément déstabilisateur pernicieux et permanent.

Les engagements endogènes

- Les principaux partis politiques ivoiriens ont signé Marcoussis. Ils doivent respecter leurs signatures pour ne pas perdre leur crédibilité.

- Le président de la République a signé à Kléber. Il a déjà fait comprendre qu'il n'est pas un tricheur. Il s'est engagé donc à respecter sa signature.

Le peuple ivoirien doit prendre acte de ces faits ou congédier leur président et désavouer leurs partis politiques. Des deux alternatives, la moins déstabilisatrice est la première. Toutefois, il ne serait pas ivoirien de tomber dans le pessimisme. Regardons l'autre côté de la médaille. Quels sont les leviers de correction des accords de Marcoussis-Kléber dont le peuple ivoirien dispose ?

Brève historique :

A Lomé, les deux parties réunies autour de la table de négociation étaient, d'un côté, les assaillants et, de l'autre côté, une délégation républicaine conduite par le président du Conseil économique et social. A Marcoussis, le nombre de parties convoquées à été élargi. Ce qui semblait être un progrès si un compromis se dégageait. A la lumière des événements en cours, il est clair que si l'Accord de Marcoussis constitue un progrès dans la recherche de la paix, il ne peut pas être considéré comme la solution finale, puisque les parties prenantes à cet accord ne représentent pas la République tout entière. L'accord de Marcoussis n'engage que les signataires. Il n'engage pas les autres institutions de la République non conviées aux négociations.

Conséquemment, la paix ne peut se bâtir que si toutes les institutions de la République sont satisfaites. Donc, l'accord de Marcoussis ne peut être un accord pour la République de Côte d'Ivoire que si les absents à Marcoussis y ajoutent leur bonification. C'est pourquoi, toute solution proposée ne peut être considérée comme un accord définitif que si l'Armée est d'accord, que si l'Assemblée nationale est d'accord et de façon ultime que si le peuple est d'accord.

D'où la conclusion que la marge de manœuvre du gouvernement ivoirien pour négocier la bonification des Accords de Marcoussis-Kléber est le fait que :

- La population ivoirienne dans la zone libre rejette Marcoussis, pour le contenu et pour la forme.

- Les FANCI rejettent une partie déshonorante de Marcoussis et se rongent les doigts d'impatience.

- Les instances supérieures de l'Assemblée nationale rejettent Marcoussis auquel elles ne sont pas partie prenante. Quels sont les constats actuels concernant l'applicabilité des Accords de Marcoussis-Kléber ? Le Président de la République a déclaré que là où Marcoussis-Kléber et la Constitution ivoirienne s'opposent, c'est la Constitution qui s'impose.

- Par conséquent, céder une partie de ses pouvoirs au nouveau Premier ministre est légal (Art. 53 de la Constitution) ;

- Cependant, il est aussi écrit dans le même article 53 que "…Cette délégation de pouvoirs (à un membre du gouvernement) doit être limitée dans le temps et porter sur une matière ou un objet précis". Ainsi, l'article 3.c de Marcoussis est inopérant. Il est libellé comme suit : "Le gouvernement de réconciliation nationale sera dirigé par un Premier ministre de consensus qui restera en place jusqu'à la prochaine élection présidentielle à laquelle il ne pourra se présenter".

Le MPCI réclame les postes ministériels de la Défense et de l'Intérieur qui lui auraient été octroyés. Nulle part dans "les Accords de Linas-Marcoussis" ou dans les "Conclusions de la rencontre des Chefs d'Etat" de Kléber, il en est question. Par contre, l'article 3.d dit ceci : "Ce gouvernement sera composé de représentants désignés par chacune des délégations ivoiriennes yant participé à la Table Ronde. L'attribution des ministères sera faite de manière équilibrée entre les parties pendant toute la durée du gouvernement". Si le texte dit clairement par les parties rebelles peuvent désigner des représentants au gouvernement, il n'est pas dit que ce sont les rebelles eux-mêmes qui doivent être au gouvernement. Pour être au gouvernement, il faut être ministrable, être propre face à la loi et être accepté par la population. Par la réaction de diverses composantes de la population, il n'est pas question de rebelles dans le gouvernement ivoirien. Fait intéressant, leur absence est conforme à l'esprit et à la lettre des Accords. Leur non représentation serait par contre une entorse.

Ainsi, l'opposition des FANCI à l'entrée des rebelles dans le gouvernement est en droite ligne avec le respect des institutions ivoiriennes et ne va pas à l'encontre des Accords de Marcoussis-Kléber. Les promesses de coulisses lors de dîner de gala dont fait référence le MPCI pour réclamer la Défense et l'Intérieur, n'ont pas et n'auront jamais force de loi en Côte d'Ivoire.

Alors, que faire ?

 

  1. Prendre acte que le seul interlocuteur valable auquel la République est confrontée est la France. Les rebelles sont manipulés et n'ont aucun pouvoir de négociation.
  2. Aidons positivement le Premier ministre Seydou Diarra à proposer un gouvernement de consensus.
  3. Un préalable : les rebelles ne doivent pas et ne peuvent faire partie du gouvernement. Pas question de prime à la violence si nous voulons bâtir une démocratie solide. Qu'ils se fassent représenter par des hommes ou des femmes propres face à la loi, dans l'esprit et la lettre de Marcoussis.
  4. Que le chef de l'Etat, les partis politiques, l'Assemblée nationale, les FANCI et l'opinion publique se prononcent. Puis, proposons, discutons et négocions de nouveau avec la France jusqu'au consensus.
  5. Une fois la France et la Côte d'Ivoire en accord sur la composition du nouveau gouvernement, les autres problèmes pourront aisément se régler.
  6. Si malgré l'aurore, des esprits rapaces s'entêtent à violer les droits du peuple ivoirien et refusent la raison de la paix et de la primauté du droit, et qu'au crépuscule, la guerre s'impose à nous, les FANCI seront prêtes pour la finale.

 

Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire et nous ramène tous à la raison !
Vive la Côte d'Ivoire !
Vive la liberté !
Vive les FANCI !

Toujours prêt pour la Nation !

VI - CONCLUSION :

 

La situation actuelle de crise de la Côte d'Ivoire s'inscrit dans la philosophie de recolonisation de la Planète par les pays occidentaux. La globalisation des marchés à l'échelle mondiale n'a pas de dimension humaine. "Globalisation, oui, dans les pays développés mais monopolisation dans les pays pauvres d'Afrique". Elle vise à transformer les multinationales des pays déjà riches en entreprises transnationales en leur donnant un passeport universel pour devenir propriétaires des ressources des pays déjà pauvres, sans aucune référence à la liberté des marchés. Le pire est que ce pillage éhonté se fait de plus en plus dans un cadre organisé de quelques Etats maffieux qui essaient d'utiliser l'ONU comme une référence légale pour rabaisser illégitimement et immoralement les autres nations.

La France joue ce rôle de pilleur de nos ressources économiques avec arrogance et sous la menace de son armée et du chantage de certains membres du Conseil de sécurité de l'ONU dont elle est membre permanent avec un droit de veto. Ou nous nous laissons manger la laine sur le dos comme des moutons, ou nous nous tenons ensemble afin de nous doter de la force tranquille de l'éléphant dont la colère est toujours justifiée.

La France a attaqué la Côte d'Ivoire le 19 septembre 2002 en soutenant les rebelles formés dans les pays voisins. C'est donc à ce pays que nous avons affaire pour régler la crise.

Du côté de notre Etat, ce n'est pas la bonne volonté qui manque pour résoudre la crise, sans effusion de sang supplémentaire. A cet effet, nous constatons à ce jour que le peuple ivoirien, par le biais des instances étatiques qu'il a légalement mandatées, a fait des concessions exceptionnelles et uniques dans une démocratie moderne. En effet, au nom de la paix, le Premier ministre du parti politique démocratiquement élu et nommé par le Président de la République, a cédé son poste. Le Président de la République démocratiquement élu a, lui-même, cédé temporairement de larges pouvoirs qui sont les siens à un Premier ministre dit de consensus. Parallèlement, plusieurs ministres dévoués, mettant en œuvre des programmes économiques et sociaux vitaux pour le bien-être de tous les citoyens, ont cédé leurs postes pour faire place aux rebelles de trois milices privées protégées par la France : le MPCI, le MPIGO, le MJP et leur rassemblement.

Il est donc clair que depuis le 19 septembre dernier, la population et son Etat n'ont fait que céder au nom de la paix. Nous considérons qu'est arrivé le temps de récolter le fruit des efforts de concession des institutions de la République, de récolter le fruit de notre patience, de récolter le fruit de la sueur et du sang que nous avons versés, nous peuple de la Côte d'Ivoire. Nous avons attendu et nous avons mis la table pour que les revendications politiques des rebelles soient prises en compte dans le cadre de l'animation de toutes les institutions de l'Etat, et ce, fait unique, avec la participation directe de ces rebelles dans la prise des décisions au Conseil des ministres. C'est pourquoi, nous demandons au gouvernement de réconciliation de Seydou Diarra de mettre en place sans délai, le processus de désarmement de toutes les milices privées, à commencer justement par celles dont les représentants sont au Gouvernement : le MPCI, le MPIGO et le MJP. En d'autres termes, ou bien Seydou Diarra fait son travail ou bien le peuple le fera à sa place pour retrouver ses droits et sa dignité.

En résumé, le peuple ivoirien entrera en croisade contre les déstabilisateurs de sa République. Il doit être vigilant et montrer sa détermination, car la démocratie se construit par la mise en place, de façon ferme, des idées justes. Aussi, le succès de Marcoussis qui nous a été imposé, se verra par deux résultats concrets :

 

  1. – la garantie de la prise en compte des revendications des rebelles ;
  2. – le désarmement desdits rebelles.

 

Le premier résultat est au rendez-vous. Nous voulons le second résultat et nous le voulons maintenant. Aussi, toute pression extérieure, notamment de l'ONU, sous quelque forme que ce soit, doit exclusivement être axée sur le seul problème restant de la crise ivoirienne : le désarmement des rebelles "ministrés" à coup de dizaines de millions de francs cfa de nos impôts, et ce par mois seulement. C'est pourquoi, toute tentative extérieure visant à déstabiliser notre régime démocratique sera combattue.

Cet avertissement vaut pour toutes les branches de la déstabilisation en Côte d'Ivoire. Et la Minuci, créée le 13 mai dernier par le Conseil de sécurité, et dont l'objectif camouflé est de mettre notre pays sous tutelle, devrait en tenir compte pour être favorablement accueillie en Côte d'Ivoire. Le peuple ivoirien est souverain et assumera sa souveraineté contre vents et marées.

A bon entendeur, salut !

La Refondation Abidjan, Mai 2003

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