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jeudi, 30 décembre 2010

Laurent Gbagbo le digne Africain

Laurent Gbagbo semble "isolé et acculé" selon les médias internationaux et par la communauté internationale qui depuis le 28 novembre notamment tentent sans succès et par des grands moyens de le bouter hors de la Présidence Ivoirienne. Depuis le début de cette énième crise, on lui promet une fin imminente. Mais il tient depuis un mois déjà. La pression internationale le fera-t-il céder ? Décryptage…




Photo : DR
Photo : DR
Tout comme les États-Unis ont voulu entraîner la planète entière dans leur aventure Irakienne en jurant que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive, la Communauté Internationale, avec son Caporal-en-Chef, Nicholas Sarkozy et Barack Obama en soutien, s’acharnent à faire avaler au monde que la Commission Électorale Ivoirienne, institution qu’ils ont choisi pour valider leur choix (qui avait, on le sait, précédé de longtemps la tenue même de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire) a donné les vrais résultats.

Ne nous voilons pas la face : on sait que les membres de cette Communauté Internationale parviennent presque toujours à leurs fins, c’est souvent une question de temps. Et ils avaient prévu que tout dans la crise qui secoue le pays d’Houphouët Boigny se termine pour eux dès l’annonce des résultats. Sarkozy et le régime Français ont tout orchestré à l’aide des médias français télécommandés, à savoir France24, Tv5, Rfi et l’AFP notamment.

L’ONUCI, les ambassades occidentales et le camp Ouattara ont piégé Bakayoko (ndlr: séquestré au Golf de minuit à 17h le lendemain), le président de la CEI en l’obligeant à annoncer des résultats qui n’avaient pas été consolidés, sans son équipe entière comme de droit, et dans le quartier général d’un des candidats à l’élection. Le tout devant les médias Français qui étaient chargés de vendre au plus vite la salade au reste du monde. Alassane Ouattara a même de suite fait un discours de remerciement en s’adressant à la nation ivoirienne, toujours face à des médias étrangers.

L’organe représentant la Constitution Ivoirienne, le Conseil Constitutionnel, égal à celui de France ou de la Cour Suprême aux États-Unis, venait d’être mis hors-jeu comme si de rien était. L’ironie dans tout ça est qu’Alassane Ouattara ait envoyé un courrier à la même Cour Constitutionnelle pour valider sa prestation de serment!

Ce début de pression était sensé être final pour que le Président Laurent Gbagbo, sans difficulté, cède le pouvoir. Cependant, ses partisans ne l’entendaient pas de cette oreille, et ont fait valoir ce qu’ils considèrent comme le Droit, la Constitution Ivoirienne qui par le biais de la Cour Constitutionnelle a validé la réélection de ce dernier.

Constatant que la Majorité Présidentielle ne se laissait pas faire, Sarkozy, Obama, l’Onuci et le clan de la Communauté Internationale qui s’étaient empressés de féliciter Alassane Ouattara ont lancé une machine à pression encore plus forte et progressive qui était sensée encore une fois, faire céder le récalcitrant.

Après donc les médias Français manipulés et manipulateurs et les exécutifs des quelques pays de la Communauté Internationale qui se sont suivis dans les déclarations en faveur de Ouattara, l’Onu est entrée en jeu, ainsi que l’Union Européenne, la Cour Pénale Internationale, la Banque Mondiale et le Fmi, l’Union Africaine, la Cedeao, l’Uemoa. Le train de menaces de sanctions promises et immédiates est par la suite apparu. Sans compter les décomptes de morts, notamment après la marche de prise de la Rti des partisans de Ouattara et Soro. Il y a eu encore récemment les ultimatums impératifs de l’hyper – président Français soutenu par ses acolytes de la Communauté Internationale. Et aussi l’appel de Guillaure Soro à l’usage de la force, celle qui lui a permis de passer de rebelle (on dit terroriste en France ou aux États-Unis par exemple) à Premier Ministre dans un passé récent.

Fait important à signaler, au départ, les institutions africaines étaient plutôt en retrait, et peu à peu, évidemment sous la pression de ceux qui en ont les moyens, leurs dirigeants ont commencé également à rentrer dans la danse.

Tout ceci amène à tenter une analyse de la stratégie du Président Laurent Gbagbo et de son camp, après avoir évoqué plus haut celle des soutiens de Ouattara dans la suite de ces événements.

Le Président Laurent Gbagbo, qui est loin d’être parfait, est un caillou dans le soulier de la France et de ceux qui ont intérêt à placer Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. Ils étaient certains de s’en débarrasser au plus vite, après avoir attendu si longtemps le moment propice. Pour l’instant Koudou (nom familier du président GBAGBO) semble plus malin qu’eux, lui qui a résisté, notamment depuis près d’un mois à une pression rarement exercée sur un président africain.

La communauté internationale comptait sur l’opinion publique pour régler ce problème, vite fait, bien fait, aux yeux de l’opinion publique de leurs propres pays et du reste du monde qu’elle prenait à témoin, en l’accusant de tous les maux. Ils pensaient que tout allait marcher comme sur des roulettes, en nous mettant sur le fait accompli en un temps trois mouvements.

Alassane Ouattara, installé président, on aurait beau dire qu’il y a eu des problèmes dans le nord et contester son élection, il aurait simplement indiqué qu’il ferait toute la lumière sur les éventuelles fraudes, mais le pouvoir serait entre ses mains.

Le mois de résistance de Gbagbo représente une année quand on est dans le feu de l’action. Le temps que la vérité nuancée, l’information non partisane commence à percer les médias nationaux et internationaux européens et américains, et coule dans les opinions publiques. Tout ce que pouvaient redouter Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Car au final, la pression qu’ils ont voulu mettre à Gbagbo a changé de camp et vient peu à peu les hanter dans leurs opinions nationales qui s’intéressent de plus en plus aux détails de l’affaire. Les médias qui recopiaient au départ tous les messages téléguidés des médias français inféodés à Nicolas Sarkozy commencent à faire des enquêtes sérieuses et à retourner peu à peu les opinions occidentales.

Bien évidemment, les élections dans leurs pays respectifs ne se décideront pas à l’aune de leur interférence dans un problème politique en Afrique. Mais qui sait, Barack Obama perdra certainement quelques milliers d’électeurs africains devenus américains, déçus par sa partisannerie.

La preuve que la stratégie de Laurent Gbagbo ayant consisté à laisser le temps au temps en ne cédant pas à la pression fonctionne est visible dans le glissement qui s’est peu à peu opéré dans la gestion internationale de la situation en Côte d’Ivoire. Ceux qui ont bien observé ont pu voir que de plus en plus, progressivement, les Sarkozy, l’Union Européenne, les États-Unis ont incité les organisations internationales africaines à se mettre en avant, notamment de l’Afrique de l’Ouest. L’Union Africaine semble mise sur la touche, car du fait qu’elle couvre toute l’Afrique, les divisions sont plus palpables…et nuisibles.

Les occidentaux maintiennent leur pression malgré le vent qui semble tourner et qui risque de leur faire mal chez eux parce que cela a trop duré. Mais ils pourront désormais expliquer à leurs compatriotes que ce sont les pays africains eux-mêmes qui demandent au Président Laurent Gbagbo de partir, et qu’eux n’ont rien à y voir, leurs pressions répondant aux demandes des africains eux-mêmes. Et ce vendredi, la Cédeao a menacé de guerre un de ses membres, la Côte d’Ivoire. Imaginez-vous un peu l’Union Européenne menaçant un de ses pays membres les plus importants d’employer la force pour régler un problème.

La main tendue du Président Laurent Gbagbo que l’on veut présenter comme un nationaliste va-t-en-guerre est certainement pour quelque chose dans tout cela. Lorsqu’à la vindicte et aux menaces on répond par la courtoisie, à quoi peut-on s’attendre?


Par Guy Everard Mbarga – 26 Décembre in Afrodescendants d'Amérique Latine et des Caraibes

 

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