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mardi, 01 décembre 2009

Clonage humain, l'homme est-il devenu dieu?

Plusieurs articles sur le sujet pris sur le site http://www.lousonna.ch/dossier/hommes/iclonage.html
Bonne lecture!
Sam


CLONAGE

L’HOMME RÉINVENTE L'HOMME. POUR LE MEILLEUR ?

Tests génétiques, séletion du sexe des enfants, congélation d'ovules, fabrication d'animaux sans tête, clonage... Pour the Village Voice, la mise en place d'une "biocratie" où l'individu se définirait par sa seule condition biologique semble inexorable.

Il y a près de trente ans, Freneh Anderson [enseignant à l'université de Californie du Sud et pionnier, en 1990, de la thérapie génique] mettait en garde ses confrères contre les possibles dérives de la thérapie génique humaine. Que se passerait-il si des médecins modifiaient l'ADN des cellules "germinales" (ovules et spermatozoïdes) qui se transmettent de génération en génération? Et si, non contents de guérir les maladies, ils voulaient améliorer les individus, les rendre plus forts ou plus intelligents? "Nous jetterions les bases d'une société eugénique dominée par une caste de nantis génétiques", craignait alors Anderson. A l'époque, ses confrères jugeaient ses mises en garde aussi prématurées que "le fait de se soucier des droits de propriété sur Mars. " Aujourd'hui, ses craintes ne sont plus seulement plausibles, mais "inévitables".

La génétique et les techniques de procréation assistée ont progressé à un rythme stupéfiant. Et l'on assiste aujourd'hui à leur convergence pour former ce que Lee Silver, microbiologiste à Princeton et auteur de Remaking Eden [l'Eden revisité], nomme la "reprogénétique". Les parents, avance-t-il, voudront le meilleur pour leurs enfants, et le marché s'empressera de satisfaire leur demande, en commençant par des services aussi inoffensifs que les "vaccins génétiques". Puis le menu va se diversifier. Déjà, les chercheurs ajoutent ou retirent couramment des gènes d'embryons animaux, pour les doter de nouvelles caractéristiques. A mesure que ces techniques se perfectionneront, il deviendra de plus en plus difficile pour le législateur d'en réglementer l'utilisation sur les êtres humains. Si l'on en croit Silver, "une clinique de reprogénétique pourra facilement être gérée comme une petite entreprise, n'importe où dans le monde". Cet eugénisme commercial, prévoit-il, engendrera non seulement des castes biologiques, mais pourrait à terme scinder l'humanité en plusieurs espèces.

Pour l'heure, on est seulement capable d'observer des phénomènes sans pouvoir les modifier. La découverte de milliers de gènes impliqués dans des maladies n'a donné lieu qu'à très peu de traitements. Parallèlement, les chercheurs ont identifié des gènes associés à toutes sortes de caractères normaux - y compris le QI. Et, fruit de l'union du silicium avec l'ADN, une "puce génétique" qui permet de diagnostiquer rapidement et à moindre frais des centaines de maladies génétiques a été mise au point. De plus en plus, l'être humain est perçu de façon atomisée, comme la somme de ses gènes.

Dans le film Retour à Gattaca, le héros joué par Ethan Hawke se présente à un entretien d'embauche. Au lieu de lui parler, l'entreprise analyse son ADN. Science-fiction ? Ces pratiques existent en fait depuis longtemps. Ainsi, dans les années 70, un candidat à plusieurs écoles de médecine avait un parent atteint de la chorée de Huntington, une maladie du cerveau congénitale et mortelle. L'affection de son parent lui avait été révélée par un test génétique le jeune homme avait un risque sur deux de développer la maladie, mais peut-être pas avant l'âge de 80 ans. Malgré ses bons résultats, les écoles ont refusé sa candidature au motif qu'une éducation coûteuse ne se justifiait pas pour quelqu'un risquant de mourir jeune. "Effarant", fulmine la psychologue Nancy Wexter, de l'Université Columbia [New York], qui a dirigé la commission gouvernementale ayant révélé l'affaire. Nancy Wexler a aussi un risque sur deux d'être atteinte de cette maladie puisque sa mère en est morte. Mais sa formation n'a pas été vaine. Elle a, en effet, contribué à identifier le gène de la chorée de Huntingon. Raison de plus pour encourager la recherche génétique. Hélas, si les traitements ne sont pas en vue, la discrimination génétique, elle, a pointé son nez.

Les Laboratoires Lawrence Berkeley, en Californie, auraient secrètement testé le sang de leurs salariés noirs pour dépister une forme d'anémie, la drépanocytose. Les salariés ont porté plainte. Il y a deux ans, un tribunal a débouté les plaignants, jugeant que de tels tests ne portaient pas atteinte à leur vie privée. En 1997, selon une étude de l'American Management Association [syndicat patronal], une entreprise [américaine] sur vingt avait fait subir à ses salariés des tests en vue de détecter d'éventuelles maladies génétiques - "un chiffre très élevé", estime Mark Rothstein, professeur de droit et expert en discrimination génétique.

La sélection pratiquée par les compagnies d'assurances est légendaire. Témoin le cas de cet assureur qui proposait à ses clientes de rembourser les examens prénataux relatifs à la mucoviscidose. Une proposition piège, car, si le test était positif, la mère devait interrompre sa grossesse sous peine de ne plus être assistée. Dans une autre affaire, un petit garçon de 2 s'est vu diagnostiquer un "syndrome de l'X fragile", cause d'arriération mentale. Résultat, l'assureur refuse désormais de couvrir toute famille, alors qu'aucun autre de ses six membres n'est porteur de la maladie. En 1996, une étude de la Georgetown University montrait que 22% des personnes atteintes de maladies héréditaires ou des membres de leur famille étaient privés de couverture sociale [privée].

Les tests génétiques se répandent. En Caroline du Sud, dans une affaire de garde d'enfants un juge a ordonné que la mère subisse un test de la chorée de Huntington. Lori Andrews, professeur de droit, se demande si la pratique ne pas se généraliser. "Un tribunal pourrait exiger qu'on recherche chez l'homme le gène du cancer de la prostate et chez la femme celui du cancer du sein, et confier l'enfant au parent ayant la plus longue espérance de vie." Les spécialistes droit les plus retors vont jusqu'à avancer que le fait de mettre au monde un enfant handicapé équivaut à des sévices sur enfant, et il s'est même trouvé un tribunal pour envisager la possibilité qu'auraient ces enfants de poursuivre leurs parents en justice pour les avoir mis au monde !

Les tests génétiques ne donnent certes pas encore de prévisions parfaitement fiables pour la plupart des maladies. Le plus souvent, ils révèlent une prédisposition, souligne Sydney Brenner, chirurgien de renom. "Sont avant tout concernés par ce genre de probabilité les assureurs, les gouvernements et plus généralement les institutions qui ne s'intéressent pas aux individus en tant que tels." Il n'empêche, le marché des probabilités génétiques est promis à un bel avenir. Les tests prénataux se limitent aujourd'hui aux anomalies graves comme la mucoviscidose. Mais, à mesure que l'on découvrira de nouveaux gènes, davantage de tests seront proposés, avec, à la clé, des profits juteux. "Chaque grossesse sera considérée comme provisoire tant que le fœtus n'aura pas été soumis à une batterie de tests génétiques, écrit le théologien luthérien Ted Peters.

De nombreux parents, atteints du syndrome de l'enfant parfait, essaieront des grossesses en grand nombre, en sacrifiant les indésirables. "Et nul besoin d'avorter: la fécondation in vitro (FIV), avec ses embryons-éprouvette, est un acte aseptisé et sans douleur. Cette technique ne génère qu'un faible nombre de naissances, mais les femmes peuvent désormais congeler leurs ovules. Cette récente innovation est cruciale, car les ovules prélevés sur une femme jeune en vue d'être congelés risquent moins d'entraîner des malformations que ceux produits à un âge plus avancé. Poussée par les considérations marketing des cliniques de procréation assistée, la congélation d'ovules pour une FIV ultérieure est appelée à se banaliser. Il deviendra alors possible de choisir son embryon selon ses préjugés, craint le philosophe Philip Kitcher. "Les parents réclameront 'un enfant qui va réussir; et, si le médecin leur dit qu'il risque de devenir gay, et bien, ils répondront qu'ils n'ont rien contre, mais la peur du qu'en-dira-t-on sera la plus forte. " La sélection génétique "ne garantirait nullement une descendance parfaite.'; insiste Francis Collins, directeur du Projet génome humain [ensemble des gènes humains].

Les tests ne seraient pas fiables, la plupart des caractères intellectuels et affectifs impliquant "de nombreux gènes, tous très sensibles à l'environnement." Mais, admet Collins, "on s'oriente vers une mentalité du type 'nouvelle voiture' envers nos enfants: on en choisit un et, si l'on n'est pas satisfait, on le rend. "Ainsi, les parents peuvent désormais choisir le sexe de leur enfant avant la rencontre entre le spermatozoïde et l'ovule. Des techniques existent en effet qui permettent de distinguer entre les spermatozoïdes "mâles" (qui engendrent des garçons) et les spermatozoïdes "femelles" (qui engendrent des filles). "Dès lors que rien ne s'oppose au choix du sexe de son enfant - ce qui n'a rien d'une maladie -, pourquoi s'élever contre la sélection pour prévenir d'éventuelles anomalies ?" s'interroge Colins. Toutefois, poursuit-il, "la mise en œuvre de services prénataux à destins mercantiles, réservés à quelques nantis" est un scénario qui devrait faire reculer nos sociétés.

Pas si sûr... aux Etats-Unis, les centres de fécondation in vitro échappent à toute réglementation fédérale, alors même qu'ils proposent un ahurissant éventail d'options. Dernier service en date : l"'adoption d'embryons". Les couples stériles sont invités à acheter des embryons créés avec les spermatozoïdes et les ovules d'autres couples. L'embryon est implanté dans l'utérus de la mère "adoptive", qui le porte jusqu'à son terme. Ainsi un couple a-t-il choisi un embryon -en fonction de sa probabilité d'avoir les cheveux blonds et la peau claire.

Nombreux sont ceux qui brandissent le spectre de l'eugénisme nazi. L'analogie peut sembler outrancière, mais elle a le mérite d'être riche d'enseignements. "L'Etat nazi peut être vu comme une 'biocratie"', écrit Robert Jay Lifton dans The Nazi Doctors [Les médecins nazis]. "Cet Etat s 'est construit sur le modèle d'une théocratie, dont les grands prêtres étaient les généticiens et les biologistes qui ont affirmé la supériorité de la race aryenne. " Ernst Haeckel, le plus grand biologiste allemand de l'époque, prétendait que, les Traces inférieures [étant] plus proches des mammifères (singes et chiens) que des Européens civilisés, il n'y a pas lieu d'attacher autant d'importance à leur vie." Selon cette logique, on comprend qu'un médecin allemand ait pu définir le nazisme comme "de la biologie appliquée. " Les Etats-Unis ne sont certes pas une biocratie. Mais vouloir assimiler l'ADN à un destin qui déterminerait tout (l'intelligence, le droit d'enfanter...)' c'est déjà en prendre le chemin. Comme le notent Dorothy Nellin et Susan Lindee dans The DNA Mystique [La mystique de l'ADN], "l'ADN remplit, dans le discours du déterminisme biologique, les mêmes fonctions sociales et culturelles que l'âme"

Si les Etats-Unis évoluent vers une biocratie, cela ne sera pas sous une forme totalitaire, mais mercantile, soumise à des choix individuels - des parents souhaitant le mieux pour leurs enfants, dans un contexte de démantèlement de la protection sociale au nom du principe, faux mais séduisant, selon lequel "Tout est dans les gènes". "Supposons, dit Barbara Katz Rothman, sociologue à l'université de New York, que vous soyez une mère qui travaille, que vous habitiez au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur et que l'on vous fasse un test prénatal montrant que votre enfant est condamné à vivre en fauteuil roulant. Personne ne vous obligera à avorter, mais on vous expliquera qu'il n'y a ni services sociaux ni aides de l'Etat ou très peu pour les handicapés. Puis on vous dira:

"A vous de choisir.' Dans ce cas, le choix devient un moyen de manipuler les structures sociales."
Le couple qui voulait un enfant blond à la peau claire a choisi en fonction de l'origine ethnique des parents biologiques de l'embryon. Mais on ne tardera pas à identifier les gènes qui déterminent la couleur des cheveux et de la peau. Ce couple pourrait-il donc faire pratiquer une sorte de chirurgie génético-esthétique aux cellules de leur embryon pour obtenir un enfant plus nordique ? Selon un sondage de March of Dimes/Louis Harris, plus de 40 % des couples interrogés se disaient prêts à faire appel au génie génétique pour "améliorer" les traits physiques et intellectuels de leurs enfants. Pour l'heure, les manipulations génétiques sont difficiles et n'offrent pas toutes les garanties de sécurité. Les chercheurs peuvent ajouter des gènes, mais ne savent pas encore les diriger où ils veulent sur la longue molécule d'ADN. Si le nouveau gène se loge à un mauvais endroit, il peut interférer avec un autre gène et entraîner des malformations. Sur l'animal, on peut sacrifier les nouveau-nés mal formés et garder les autres. Ce serait intolérable sur l'homme, du moins dans nos démocraties...

D'où le clonage. Son intérêt réside non pas dans la possibilité de fabriquer des copies génétiques des individus, mais dans celle de cibler les transferts de gènes. Admettons que l'on veuille remplacer un gène par un autre. Si les chercheurs injectent le gène dans la cellule, la substitution ne s'opère qu'une fois sur un million. Mais, avec le clonage, qui consiste à faire se comporter n'importe quelle cellule comme un embryon capable de se transformer en un être, on pourrait, en laboratoire, multiplier par plusieurs millions les cellules d'un embryon. Elles seraient ensuite inondées du gène voulu. Et les rares élues, sur lesquelles le gène aurait pris, seraient sélectionnées. L'une d'entre elles pourrait alors être clonée, et il en résulterait un être humain doté du nouveau gène à la bonne place.

L'opinion publique semble dégoûtée à l'idée du clonage humain, même s'il s'agissait de fabriquer des réserves de cellules manipulables à loisir. Mais, déjà, certains commencent à en admettre le principe. "J'ai récemment présidé une réunion, raconte la juriste Lori Andrews, au cours de laquelle un médecin s'est levé pour annoncer qu'il commençait à recevoir des candidatures pour le clonage. " Un nombre croissant de scientifiques font valoir que, pour mieux répondre à la demande d'organes, il serait parfaitement justifiable de fabriquer des êtres humains sans cerveau. Cet exploit a déjà été réalisé [en 1995] par des chercheurs qui ont produit des souris sans tête, comme l'a rapporté la revue Nature, qui a publié une inquiétante photo de l'animai. Cette idée semble terrifiante, mais, plaident ses défenseurs, un être humain sans cerveau ne ressent pas la douleur et, en constituant ainsi des réserves d'organes, on sauverait des vies.

"On voit bien vers quoi tendent toutes ces techniques, commente Nancy Wexler, la psychologue qui travaille sur la chorée de Huntington. Le 'copier-coller' génétique sera sans doute réalisable à terme." Puis nous serons tentés non pas de transformer la nature humaine d'emblée, mais de nous livrer à de petites altérations médicales. A quand les changements plus complexes ? Le cerveau comporte des milliards de cellules et mille fois plus de connexions intracellulaires. Tout gène qui viendrait modifier le cerveau au-delà des variations naturelles devrait non seulement s'intégrer harmonieusement à l'ensemble, mais encore entrer dans la danse - complexe - du développement de cet organe. Or il suffirait d'un rien pour provoquer des lésions. Aujourd'hui, il est admis que le cerveau jouit d'une faculté innée pour le langage. Si l'on touche à sa structure interne, on prend le risque de court-circuiter cette faculté. Et qu'est-ce au juste que l'intelligence ? Selon de très nombreux travaux, elle ne se réduit pas à une puissance de calcul abstraite, mais elle est sous l'étroite influence des émotions. Ainsi, la psychose maniaco-dépressive a été mise en relation avec la créativité. En modifiant les gènes qui contribuent à la maladie mentale, on risque d'y perdre au change.

"Dans à un siècle, nous connaîtrons 15 ou 20 gènes permettant aux êtres humains d'améliorer leur intelligence, note Leroy Hood, pionnier du Projet génome humain, et nous pourrions les donner à nos enfants. " Hood, titulaire d'une chaire fondée par Bill Gates, le patron de Microsoft, avec qui il collabore également au sein d'une entreprise de biotechnologie, n'a aucun scrupule face à tout ce qui peut améliorer le patrimoine génétique humain et l'hérédité. Quels autres caractères pourrait-on développer ?

"Si l'on envoie des hommes vers d'autres planètes, imagine Hood, on pourrait les remodeler afin de les adapter aux conditions de vie extraterrestres - des climats plus chauds ou plus froids, un oxygène plus ou moins abondant etc." Lee Silver va jusqu'à avancer qu'il sera possible d'améliorer nos sens, pour, par exemple, voir les infrarouges ou bénéficier d'une ouïe et d'un odorat dignes du... chien. Le physicien et futurologue Freeman Dyson, lui, rêve d'un monde "où les enfants pourront s'offrir un coffret de génétique et se fabriquer leurs propres dinosaures, en chair et en os..."

John Campbell, spécialiste des neurosciences à UCLA (Los Angeles), nourrit des espoirs plus élevés. Pour lui, les êtres humains sont des "intermédiaires biologiques", qui ont pour mission de générer une forme de vie parfaite, aboutissement ultime de l'évolution biologique. "Si l'on est attaché aux qualités humaines, on ne peut qu'espérer leur plein épanouissement, le plus vite possible, écrit-il. il serait tragique d'être les laissés-pour-compte de l'évolution, comme un homme de Neandertal, un singe, un microbe ou un Homo sapiens !. Il y a là en germe une véritable religion. D'ailleurs, Campbell lui-même prévoit l'apparition "de groupes d'intellectuels fanatiques, sacrifiant au culte de l'évolution générative dans leurs petites églises auto-évolutionnistes.

"La concurrence darwinienne ferait rage entre ces groupes, chacun essayant de prendre l'avantage en termes d'évolution, peut-être même en développant des caractères agressifs. Dans cette lutte, Campbell subordonne toutes les valeurs morales à la victoire finale des mieux adaptés. "L'évolution dépend du sort d'une petite minorité d'individus performants, et non de la majorité." L'injustice serait alors génétique la grande masse des damnés de la terre, affirme Campbell, "ne seront pas à proprement parler des pauvres, mais bel et bien une sous-espèce." "Balivernes", rétorque Richard Lewontin, un zoologiste de Harvard qui s 'insurge depuis longtemps contre le "généticisme" primaire. Il ne croit pas du tout que l'homme puisse un jour produire une nouvelle espèce. Même si de telles manipulations étaient possibles, il suffirait d'un petit nombre de croisements pour diffuser les gènes "eugéniques" dans la population générale. "La formation d'une espèce, rappelle-t-il, suppose un grand isolemen4 ce qui serait impossible au fil des générations."

Et qui sommes-nous pour affirmer ce qu'est un progrès de l'évolution ? La forme de vie suprême, qui survivrait au ravage des siècles, pourrait fort bien être... un cafard ou un virus. A terme, l'espèce humaine devra se demander si elle peut devenir maîtresse de sa propre évolution. "Sûrement pas", répond le militant écologiste Jeremy Riflkin. A ses yeux, la manipulation des gènes nous condamnerait à l"'esclavage génétique". il y a sept générations, ne l'oublions pas, les Noirs étaient aux fers, et, il y a vingt générations, l'Eglise catholique censurait Galilée. Orchestrer l'évolution est une perspective à la fois exaltante et vertigineuse. Jamais la science n'a touché d'aussi près à la Création. De toute évidence, certains chercheurs se laissent gagner par la vision d'un monde exempt de la maladie, de la bêtise, de toutes les limites humaines. Mais si le XXe siècle nous a appris une chose, c'est que nous devons prendre garde aux utopies.
© Transnationale



96 ETRES HUMAINS LÀ OÙ IL N'EN POUSSAIT QU'UN SEUL

" LES OVULES FECONDES " retourneraient aux couveuses ; où les Alphas et les Bêtas demeuraient jusqu'à leur mise en flacon définitive, tandis que les Gammas, les Deltas et les Epsilons en étaient extraits, au bout de trente-six heures seulement, pour être soumis au Procédé Bokanovsky. (…) Un œuf, un embryon, un adulte - c'est la normale. Mais un œuf bokanovskifié a la propriété de bourgeonner, de proliférer, de se diviser : de huit à quatre-vingt-seize bourgeons, et chaque bourgeon deviendra un embryon parfaitement formé, et chaque embryon, un adulte de taille complète. On fait ainsi pousser quatre-vingt-seize êtres humains là ou il n'en poussait autrefois qu'un seul.
Le progrès, - la bokanovskification, dit le Directeur pour conclure, consiste essentiellement en une série d'arrêts du développement. Nous enrayons la croissance normale, et assez paradoxalement, l'œuf réagit en bourgeonnant. (…)

L'un des étudiants fut assez sot pour demander en quoi résidait l'avantage. - Mon bon ami ! - le directeur se tourna vivement vers lui - vous ne voyez donc pas ? Vous ne voyez pas ? - Il leva la main ; il prit une expession solennelle. Le procédé Bokanovsky est l'un des instruments majeurs de la stabilité sociale ! Des hommes et des femmes conformes au type normal ; en groupe uniformes. Tout le personnel d'une petite usine constitué par les produits d'un seul œuf bokanovskifié. - Quatre-vingt-seize jumeaux identiques faisant marcher quatre-vingt-seize machines identiques ! - Sa voix était presque vibrante d'enthousiasme. On sait vraiment où l'on va. Pour la première fois dans l'histoire. - il cita la devise planétaire : " Communauté, Identité, Stabilité " ". Des mots grandioses. Si nous pouvions bokanovskifier indéfiniment, tout le problème serait résolu ".


CLONAGE OU L'ART DE SE FAIRE DOUBLER
Un débat qui fait peur


Depuis la nuit des temps, les mythes d'immortalité ont nourri les rêves les plus fous et les passions les plus destructrices. Aujourd'hui, certains rêvent d'incarner ces mythes à travers des clones humains, se reproduisant seuls et sans sexualité, à l'infini..

Une telle perspective fait frémir... Quand une société s'apprête à modifier ainsi la conception des individus et de l'espèce, à emmêler les générations, à effriter les repères de l'identité, bref à quitter l'humanité, n'est-ce pas un symptôme de folie ? Sans doute. Le clonage d'animaux et d'embryons humains en annonce déjà la possibilité technique.

Mais un clone en cache toujours un autre, si bien que, derrière ce projet d'humains dupliqués, se profile déjà un lucratif marché d'embryons humains et d'animaux transgéniques, conçus comme laboratoires vivants et viviers industriels.

L'EMBRYON CONVOITE

Un verrou a donc sauté en Angleterre. Il impose aujourd'hui aux autres pays de prendre position sur les embryons, car derrière le clonage surgit une autre controverse : a-t-on le droit de créer un embryon pour qu'il devienne un être humain, mais pour en utiliser les cellules avant de le détruire ? Et son inévitable corollaire : Le droit des malades à être soigné est-il supérieur au respect de la dignité humaine ? La question est d'autant plus délicate à trancher qu' " aucun pays n'a jamais osé définir l'embryon humain ou la notion de vie humaine ".
Qu'est-ce qui définit son humanité ? Le mode de procréation, le projet parental ou simplement le fait qu'il peut devenir un être humain ? Les Anglais, les premiers, ont évité la controverse en inventant, au début des années quatre-vingt-dix, le concept de " pré-embryon ", embryon de moins de 14 jours, date à laquelle son système nerveux s'ébauche. Depuis dix ans, 48 000 embryons produits en vue d'une PMA ont ainsi été utilisés et 118 créés par les chercheurs britanniques. Les Suédois, les Danois et les Espagnols ont retenu la même définition, alors que dans les autres pays toute recherche sur les embryons reste proscrite.

Après les Etats-Unis, qui ont pour la première fois autorisé le 23 août 2000 le financement public de recherches sur l'embryon, le débat rebondit en France. S'il reste exclu de créer des embryons à des fins de recherche, un certain consensus émerge au sein du monde scientifique et du Conseil consultatif national d'éthique (CCNE), en faveur de l'utilisation des milliers d'embryons surnuméraires stockés dans les congélateurs des services de procréation médicale assistée (les estimations vont de 10 000 à 200 000).
Les professeurs Axel Kahn, Pierre Jouannet, président de la fédération des CECOS (centre d'étude et de conservation des oufs et du sperme humains), René Frydman, spécialiste de la reproduction assistée, Jacques Testard, directeur de recherche à l'INSERM, ou Didier Sicard, président du CCNE, se sont prononcés en faveur d'une telle mesure... à condition que ces embryons ne fassent plus partie d'un projet parental, soient destinés à être détruits, et ne soient utilisés qu'avec le consentement des donneurs. La discussion parlementaire aurait déjà dû être entamé lors de la révision des lois de bioéthique de 1994, prévue en 1999, mais à nouveau reculée au printemps 2001...

L'embryon, serait-il devenu le creuset incontournable des recherches en thérapie génique et cellulaire ? Les opposants à toute manipulation de l'embryon, aux Etats-Unis comme en Allemagne, refusent d'y croire et mettent en avant d'autres découvertes inattendues. Les cellules embryonnaires ne sont en effet pas les seules à avoir l'extraordinaire capacité de se différencier. Certaines cellules souches adultes, présentes dans la moelle osseuse ou le système nerveux, sont, elles aussi, capables de se transformer en cellule du sang, du cerveau ou du muscle. Elles sont rares, difficiles à repérer, on ignore quasiment tout de la manière dont elles se développent ou changent de spécialité, elles ont une vie moins longue en laboratoire que les cellules embryonnaires et n'ont pas la même capacité à se diviser à l'infini. Mais elles présentent une vertu indéniable : " La recherche sur les cellules souches adultes est certes plus difficile, mais elle constitue la voie moralement la plus acceptable ", souligne ainsi le secrétaire allemand de la Recherche, opposé à toute recherche sur l'embryon. Faut-il pour autant exclure une piste au profit de l'autre ? Une nouvelle question à verser au débat.
Isabelle Duriez



LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONNALE INTERPELLÉE

L'Unesco a adopté le 11 novembre 1997 la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme, qui stipule que le clonage humain est "une offense à la dignité humaine". Cette position a été confirmée le 26 février dernier par l'Unesco, puis par la Commission Européenne de Bruxelles le 28 mai de la même année.

En France, la loi de juillet 1994 portant notamment sur la procréation médicalement assistée et sur le statut de l'embryon suffisait implicitement pour interdire le clonage humain. Révisable tous les cinq ans, elle devrait être complétée en juillet prochain notamment au sujet des recherches sur l'embryon à but thérapeutique. Bernard Kouchner, Secrétaire d'état à la santé, a déjà annoncé son intention de proposer aux Nations Unies une démarche collective, réclamant "un devoir et un droit d'ingérence" face aux pays qui feraient preuve de trop de laxisme.

Georges Kutukdjian, secrétaire général du Comité international de bioéthique de l'UNESCO, dresse un état des lieux des législations existantes et souligne le rôle des Nations unies pour le respect des droits de l'homme.

Des Etats s'interrogent sur l'opportunité de revoir leurs législations ou leurs réglementations sur le clonage afin de l'autoriser à des fins thérapeutiques. Quelle va être la réaction de la communauté internationale ? En effet, des législations strictes existent déjà dans de nombreux pays. La Constitution suisse interdit toute forme de clonage et toute intervention dans le patrimoine génétique d'embryons humains. Dans le même esprit, des législations interdisant le clonage humain sont en vigueur en Allemagne, Argentine, Danemark, Espagne, Géorgie, Israël et Italie, pour n'en citer que quelques-uns. Un protocole du Conseil de l'Europe interdisant le clonage humain a été également signé par vingt-deux Etats européens, dont la France, et ne nécessite plus que d'une seule ratification pour entrer en vigueur. Les comités nationaux d'éthique ou les académies des sciences de nombreux pays (Bulgarie, Chili, Chine, Fédération de Russie, Inde, Japon, Portugal, Slovaquie, Tunisie) ont pris position contre le clonage à des fins de reproduction d'êtres humains.

Concernant la recherche sur les embryons humains, l'Espagne punit sévèrement la fertilisation d'ovules humains pour toute autre fin que la procréation humaine, tout en autorisant la recherche sur l'embryon qui ne fait plus l'objet d'un projet parental, si les personnes concernées y consentent. En revanche, l'Allemagne et la Norvège interdisent les recherches sur l'embryon. Afin de ne pas conserver d'embryons en surnombre, en l'absence de législation claire, des hôpitaux et des cliniques dans de nombreux pays ne fécondent que le nombre d'ovules pouvant être immédiatement implantés dans le corps de la femme, en évitant ainsi de poser la question de la recherche sur des embryons.

Dans ce contexte normatif hétérogène, seul un réel consensus au sein de la communauté internationale peut prévenir des expérimentations contraires à la dignité humaine. C'est là que l'UNESCO joue pleinement son rôle. Adoptée en 1997, la déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme de l'UNESCO fournit un cadre éthique et juridique pour les activités touchant au génome humain. Elle interdit expressément le clonage humain ainsi que toute autre pratique contraire à la dignité humaine (article 11), et pour préserver la primauté de l'être humain sur la recherche (article 10). Bien que la déclaration ne soit pas contraignante, l'UNESCO s'emploie à inciter les Etats à traduire les principes qu'elle contient dans leurs législations nationales.

Deux organes en sont chargés, le Comité international de bioéthique (CIB) et le Comité intergouvernemental de bioéthique (CIGB) de l'UNESCO, qui encouragent la réflexion éthique et juridique et veillent à la diffusion des principes dans chaque Etat. Des colloques et des séminaires sont organisés régulièrement pour sensibiliser les scientifiques et les parlementaires dans le monde. En réponse à cela, de nombreux Etats ont manifesté leur volonté de collaborer ou même d'être assistés dans la transposition des principes énoncés dans la déclaration. Sur la base d'une évaluation en 2002 de l'impact de la déclaration, il appartiendra aux Etats de se concerter pour savoir s'il faut envisager un instrument juridique contraignant.

Au demeurant, certaines questions restent ouvertes. Qu'en est-il du clonage de tissus ou d'organes d'une personne pour qu'elle-même puisse en bénéficier à des fins thérapeutiques ? Faut-il impérativement détruire des embryons congelés qui ne font plus l'objet d'un projet parental ? Peut-on, dans ce cas précis, envisager, avec le consentement exprès, libre et éclairé des personnes intéressées, une utilisation à des fins d'expérimentation ? N'assiste-t-on pas à l'heure actuelle à un déplacement des questions éthiques en conduisant des recherches non plus sur les embryons mais sur les cellules souches embryonnaires ?

La recherche d'une solution à ces questions doit, en tout cas, se faire dans les limites du respect de la primauté de l'être humain sur la science, sans qu'aucun Etat ne puisse esquiver cette prémisse universelle. · l'issue d'un colloque international sur la bioéthique et les droits de l'enfant, tenu en avril 2000 à Monaco, le respect de la dignité de l'embryon constitué in vitro a été affirmé avec force. Il est essentiel que le corps humain et ses parties ne puissent être instrumentalisés et que tout progrès thérapeutique ne se fasse aux dépends du respect de la dignité de l'être humain. Jusqu'où peut-on aller dans la transformation de l'homme par l'homme ? Pas au point de le transformer, de sujet qu'il est, en une simple matière première.
Terresacree.org



2 TYPES DE CLONAGE

Clonage reproducteur

On distingue deux types de clonage reproducteur. Le premier est le clonage par scission d'embryons, qui consiste à diviser un embryon normalement formé (par la réunion d'un spermatazoïde et d'un ovocyte) alors qu'il est encore à un stade très précoce de son développement. La nature fait cela couramment lorsqu'elle prépare la naissance de jumeaux homozygotes. Il est difficile d'obtenir plus de deux clones avec cette technique, dont l'intérêt est donc très limité pour l'agriculture.

Plus révolutionnaire est la technique du clonage par transfert de noyau de cellule somatique. Il s'agit à proprement parler d'une reproduction asexuée puisque l'organisme à naître hérite l'entièreté de son patrimoine génétique d'un seul parent (le donneur de la cellule) et non de la fusion d'un spermatozoïde et d'un ovule. L'exploit scientifique des chercheurs du Roslin Institute (Dolly), aujourd'hui égalé par de nombreux autres laboratoires, a été de réussir un tel clonage en repartant non pas d'une cellule embryonnaire, comme on le faisait déjà couramment à l'époque, mais d'une cellule prélevée sur les glandes mammaires d'une brebis adulte.

Clonage thérapeutique

Il est très différent du clonage reproducteur dans la mesure où les embryons clonés ne seraient pas ici destinés, en principe, à être réimplantés dans un utérus. Jusqu'au stade de la production de l'embryon, le schéma est le même que pour Dolly. Mais les chemins se séparent ensuite puisque l'embryon serait détruit après quelques jours de développement et les cellules qui le constituent (les cellules-souches embryonnaires) seraient récoltées et mises en culture. Ces cultures de cellules-souches devraient permettre aux chercheurs de mieux comprendre les mécanismes de la différenciation cellulaire .

A terme, le clonage thérapeutique pourrait aussi être utilisé pour constituer des banques individualisées de tissus humains afin de soigner des pathologies comme le diabète, la maladie de Parkinson, etc...



SCIENCE ET FICTION
Le clonage humain est désormais à portée d'éprouvette


La première étape du " meilleur des mondes " d'Aldous Huxley est techniquement envisageable. Mais la suite de l'histoire sera probablement différente. Elle devrait conduire à l'obtention de tissus et d'organes dans un but thérapeutique, et non à la fabrication d'individus sur mesure.

La première société privée à s'être lancée dans la course au clonage humain est vieille de deux ans. Baptisée Clonaid, c'est une émanation de la secte Raël. Convaincus de la pluralité des mondes habités et de l'existence des " Elohim " (" ceux qui sont venues du ciel "), les raéliens rêvent d'égaler les prouesses qu'ils prêtent aux extraterrestres, et notamment de pouvoir vivre plusieurs centaines d'années. Le transfert de la personnalité dans un nouveau corps via le clonage serait, pensent-ils, un premier pas vers cette " recréation ", voire vers la vie éternelle. D'où Clonaid. Moyennant la somme de 200 000 dollars (187 650 euros), cette firme situées aux Bahamas offre " l'assistance aux parents potentiels désirant avoir un enfant qui serait le clone de l'un d'eux ". Et rien n'interdit de penser qu'elle parviendront bientôt à atteindre son objectif.

Le clonage humain, l'enfant terrible de la science sur lequel Aldous Huxley avait fondé son Meilleur des Mondes (1931), est désormais portée d'éprouvette. Si la société décrite par l'écrivain britannique, fondée sur la stabilité de castes auxquelles a été inculqué l'amour de leur condition sociale, reste une effrayante utopie, le premier principe sur lequel elle s'appuie est donc devenu réalité. Dans les laboratoires modernes comme dans l'imaginaire Centre d'incubation et de conditionnement de l'Etat mondial, la procréation peut désormais être totalement dissociée de la sexualité.

Le 27 février 1997, la naissance de Dolly était officiellement annoncée au monde médusé par la revue scientifique Nature. Conçue par les chercheurs écossais du Roslin Institute (Edimbourg), la petite agnelle était le premier mammifère crée à partir du clonage d'une cellule adulte, prélevée dans la glande mammaire d'une brebis âgée de six ans. Laquelle, bien que déjà morte lors de la conception de Dolly, est ainsi devenue tout à la fois sa sœur jumelle, sa mère et son père biologiques. La science, en matière de clonage, a même dépassé la fiction. Pour dupliquer un être humain, nul besoin de plonger les ovules dans " un bouillon tiède contenant des spermatozoïdes ". Ni de recourir à la " bokanovskification " préconisée par Huxley, procédé complexe permettant à l'œuf originel de " bourgeonner "' et de donner ainsi " un nombre quelconque d'embryon compris entre huit et quatre vingt seize ". La réalité est plus simple, et quantitativement moins limitée.

Dolly ne résulte d'aucune fécondation, d'aucun bourgeonnement. Son embryon fut crée par simple fusion du noyau d'une cellule adulte avec l'ovule énucléé d'une brebis " porteuse ". Et n'importe quel nombre d'individus issus du même œuf pourrait être produit par ce procédé, pour peu qu'on y consacre suffisamment de temps et d'argent. Dans l'espèce ovine, bovine ou humaine.

Sitôt la prouesse annoncée, l'onde de choc fut planétaire, et la condamnation du clonage humain unanime. Des chefs d'Etats aux comités d'éthiques en passant par le Vatican, tous s'accordèrent à en interdire l'usage. "De nombreuses raisons ont été avancées, pour justifier le clonage humain, depuis des raisons franchement égoïstes (le millionnaire en quête d'immortalité) jusqu'à des motifs apparemment acceptables (le couple cherchant à compenser la perte d'un enfant, ou souhaitant la naissance d'un donneur totalement compatible avec leur enfant atteint d'un mal mortel). Malgré cela, l'instrumentalisation de l'homme, voire le danger d'eugénisme, rendent le clonage reproductif éthiquement inacceptable ", affirmait ainsi, en mai 1997, le Comité d'éthique de l'Union européenne. Mais, très vite, le bel édifice moral se mit à se fissurer. Et, imperceptiblement, les voix les plus autorisées commencèrent à accepter l'inacceptable. Ainsi, la célèbre revue médicale britannique The Lancet. Plaidant dès 1998 contre un anathème mondial et définitif, elle a pris cette année une position plus nette encore. Estimant que la création d'êtres humains par le clonage est devenue " inévitable ", elle appelle la communauté médicale à examiner cette question dès maintenant, " avant que les manchettes des journaux ne piétinent l'individualité de la première personne née de cette manière ". Même les plus farouches opposants à cette perspective, tel le généticien français Axel Kahn, pour qui " il ne revient à personne de décider des caractéristiques d'un autre ", ne se font guère d'illusion. S'il s'avère " techniquement applicable à l'espèce humaine ", le clonage sera " légitimé et appliqué ", estime-t-il. Autant dire qu'il s'agit d'une simple question de temps.

Pour le moment, c'est vrai, l'efficacité du procédé laisse encore à désirer (il a fallu 277 essais pour réussir une Dolly). Quant à son innocuité, elle est loin d'être garantie. " Même si des améliorations techniques sont à attendre, deux écueils ne pourront être évités : le prélèvement d'un noyau donneur anormal et persistance aléatoire de défauts de reprogrammmation pendant la période (…) au cours de laquelle le noyau donneur doit retrouver les caractéristiques fonctionnelles d'un noyau embryonnaire ", résume Jean-Paul Renard. Spécialiste du clonage des animaux d'élevage à l'unité de biologie du développement de l'INRA (Jouy-en-Josas, Yvelines), il sait mieux que personne que ces obstacles ont des effets à long terme sur le développement. Chez les ovins comme les bovins, 50 % des gestations obtenues par clonage de cellules adultes ne donnent pas un individu viable. Avortements fréquents en fin de gestation, mortalité élévée dans les jours suivants la naissance : la fragilité de ces animaux contre nature semble constitutive. Elle pourrait ainsi expliquer l'étrange cas de Marguerite, premier veau cloné à partir d'une cellule adulte par l'INRA, morte en mars 1998, quelques semaines après sa naissance, d'une blessure apparemment anodine.

A ces difficultés s'ajoute une inquiétante information, récemment confirmé par les créateurs de Dolly : la brebis la plus célèbre du monde, officiellement âgée de trois ans, porte des chromosomes vieux de neuf ans -l'âge de la cellule originelle utilisée pour sa conception-, et pourrait donc sous peu présenter des signes de vieillissement accéléré (le Monde du 29 mai). Décidément, tout n'est pas parfait au royaume des clones. Il n'empêche : fût-ce au prix de pertes considérables et au risque de monstrueuses déconvenues, la réplication biologique d'un être humain est bel et bien envisageable. Elle a même, déjà, été en partie mise en œuvre. Si les chercheurs de la société Clonaid - et d'autres dans le monde ? - restent très discrets sur leur travaux, ce n'est en effet pas le cas des responsables de la société américaine Advanced Cell Technology (Worceste, Massachusetts). Il y a quelques semaines, ils annonçaient avoir réussi à créer par clonage un embryon humain, qui poursuivit son développement jusqu'au stade de 400 cellules avant d'être détruit volontairement (le Monde du 19 juin).

La question, désormais, ne peut donc plus être éludée : le clonage humain, pour quoi faire ? En tout cas pas pour fonder le Meilleur des Mondes, du moins pas dans l'immédiat : si la " bokanovskisation " n'a plus de secret pour eux, les biologistes ne savent toujours pas faire pousser une embryon de mammifère en dehors d'un utérus maternel. Il y a quelques années, des chercheurs japonais de l'université Juntendo (Tokyo) avaient, certes, annoncé avoir mis au point un utérus artificiel capable d'accueillir des fœtus de chèvre âgés de dix-sept semaines et de les mener à terme. Selon eux, le procédé pourrait être appliqué à l'homme dans la prochaine décennie, et accroître les chances de survie des prématurés.

Mais le science est encore très loin de maîtriser dans son ensemble le développement embryonnaire d'un petit d'homme ex utéro. Les bébés en flacons d'Aldous Huxley restent une vue de l'esprit. Sauf à enrôler des milliers et des milliers de mères porteuses, on voit donc mal comment le clonage humain, dans un futur proche, pourrait être appliqué à grande échelle. Reste la " renaissance " individuelle. Dupliquer un enfant perdu, un parent disparu, ou bien se reproduire soi-même, pour compenser sa stérilité ou tout simplement parce qu'on se trouve irremplaçable… Bien sur, ce pis-aller d'immortalité ne donnerait pas vraiment des copies conformes à l'original - contexte familial et socioculturel oblige. L'ensemble des potentialités d'un individu ne se résume pas à l'ensemble de ses gènes, et ceux qui seraient conçus par clonage seraient aussi différents de leurs " géniteurs " que le sont entre eux les vrais jumeaux. Le recours à cette technique n'en ouvre pas moins, pour la première fois, une perspective vertigineuse : la capacité de décider du capital génétique qui serait donné à un futur être humain. Si on ajoute à cet effarant pouvoir celui de modifier à sa guise le patrimoine héréditaire de l'enfant à naître, à l'aide de manipulations génétiques déjà couramment effectuées sur la souris, on se rapproche dangereusement de la situation décrite par Huxley, en 1946, dans sa nouvelle préface au Meilleur des mondes : " la révolution véritablement révolutionnaire se réalisera, non pas dans le monde extérieur, mais dans ''l'âme et la chair des êtres humains ".
Le Monde

04:07 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : clonage

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